Sur les traces de Mantra

Il est l’un des plus grands graffeurs au monde. À seulement 31 ans, Youri Cansell, alias Mantra, dépose son empreinte naturaliste aux quatre coins de la planète. Zoom sur un artiste français qui peint des œuvres gigantesques à main levée.

Street art, une expression qu’il n’utilise jamais. Et pourtant. On le présente comme l’un de ses meilleurs ambassadeurs, et ses œuvres sont disséminées aux quatre coins de la planète. Entre 300 et 400, « je ne les compte pas », confie-t-il. Son empreinte, qu’il veut naturaliste et responsable, est reconnaissable entre toutes. Détaillée, sensible et impressionnante. Il est aussi connu pour son incroyable rapidité d’exécution et ses œuvres à grande échelle.

Tout a commencé dans une friche industrielle aux abords de la ville de Metz (Moselle), où il a grandi. Il pose alors sa signature sur un mur abandonné. Mantra ; en bleu électrique et orange fluo. Six lettres, trois minutes qui marquent le début de son engagement artistique. Il n’a alors que 21 ans. Autodidacte, il perfectionne son style et pratique très vite au-delà des frontières : Luxembourg, Belgique, Allemagne… Trois ans seulement après son premier coup d’essai, il se consacre entièrement à sa passion.

Un cheminement naturel

Depuis les années 80, le graff est partout en France. Sur une autoroute, aux abords des lignes de chemin de fer, en plein cœur d’un centre ville historique ou d’une construction récente, dans les friches industrielles… Mantra y voit l’occasion de s’approprier sa ville, le lieu où il vit. « Tout espace public est propice à l’expression ! Que ce soit un mur, un train, un poteau électrique… ils suscitent l’envie de laisser une trace. » Et la sienne, pendant des années, il la dépose à l’aide des bombes de peinture. C’est en 2013 qu’il se familiarise avec l’acrylique et ses outils. Une transition artistique qui se fait loin de ses habituelles zones de confort, où il peut passer commande depuis un smartphone et se faire livrer ses aérosols en 48 h. Mais certaines contrées ne connaissent pas encore la 4G. Et c’est tant mieux. Pour le public comme pour l’artiste qui perfectionne son style figuratif. Au départ une contrainte, cette peinture est devenue un choix conscient, lui ouvrant le champ des possibles. « L’acrylique me permet beaucoup plus d’alternatives, de solutions techniques et c’est moins nocif pour la santé. » Il y a surtout cette possibilité de travailler dans n’importe quel coin du monde, même déconnecté, et de renouer avec son rêve de gosse : dépeindre les écosystèmes, en faire l’inventaire tel un naturaliste. Depuis, toutes ses œuvres sont réalisées à l’acrylique. L’aérosol subsiste uniquement dans l’étape d’esquisse, « par plaisir et nostalgie ».

De Querétaro à Bogota, en passant par Seattle

Depuis le début de l’année 2019, Mantra a fait surgir onze nouvelles œuvres. Quatre au Mexique, trois en France, deux au Costa Rica, une en Italie, en Australie et aux Etats-Unis… Et les prochaines se feront ces jours-ci à Saint-Martin-d’Hères et Grenoble à l’occasion du STREET ART FEST Grenoble Alpes. L’artiste nomade passe son temps à restaurer le monde à coups de pinceau. Loin de la démarche classique du peintre en atelier, « qui s’enferme dans un univers et créé ses propres codes », il privilégie les actions dans l’espace public. « Elles ont une grande responsabilité, ce n’est pas de la publicité placardée dans la rue ! Mes dessins prennent en compte les personnes qui y vivent, qui passent… » Du premier trait à la signature, Mantra peint à main levée. Même sur les fresques gigantesques.

Peintre et conteur

L’homme peint comme il raconte. Avec sensibilité et force détails. Avec réalisme et de façon presque scientifique. Avec conviction et passion. Citadin dans l’âme, il puise son inspiration dans la nature et les animaux depuis son enfance. Papillons, hiboux et autres espèces font partis intégrante de son univers. Mantra les réintroduits en ville au travers de ses dessins. Comme ce chat immortalisé sur un immeuble de six étages en Suède. Un souvenir de voyage de son passage chez Martha Cooper, la photographe légendaire du mouvement street art.

Témoigner, raconter, laisser sa trace. Pour Mantra, il est essentiel « de comprendre qu’on a une voie et qu’elle est unique. Il faut juste trouver des moyens physiques et techniques pour l’organiser et l’exprimer. »

Il sera à Saint-Martin-d’Hères !

Les propriétaires de l’immeuble situé au 2 rue Maréchal Foch sont impatients. Du 20 au 23 juin, leur maison sera la nouvelle toile de Mantra et d’un autre artiste peintre de renommée internationale, l’espagnol Dulk1. Un événement dans l’événement pour les amoureux de l’art, et du street art en particulier. Là sous vos yeux, pendant une semaine, les deux peintres (et amis) exprimeront leur créativité, ce qui pourrait bien changer l’identité du quartier puisque deux rues plus loin trône le fameux “pigeon voyageur” de Veks Van Hillik. Merveilleuse et impressionnante fresque réalisée en 2018 dans le cadre du festival.

Au même titre que les autres villes partenaires du STREET ART FEST Grenoble Alpes, Saint-Martin-d’Hères participe à ce que Mantra appelle une petite révolution culturelle. « En France, il y a très peu d’initiatives comme celle développée par Spacejunk Grenoble*. Elle appelle à vivre avec son temps en mettant en avant des peintres issus du mouvement street art, en les laissant intervenir sur des façades, au vu de tous. » Des créations murales qui contribuent grandement à faire avancer cette petite révolution.

*Organisateur de l’événement STREET ART FEST Grenoble Alpes.

En quelques dates

  • 1987 : naissance de Youri Cansell, alias Mantra
  • 2008 : début de sa carrière à 21 ans
  • 2010/2011 : il monte sa petite entreprise et réalise des fresques murales
  • 2013 : il délaisse les bombes aérosols pour peindre exclusivement à la peinture acrylique
  • 2014 : sa notoriété dépasse les frontières européennes, il travaille beaucoup à l’international
  • 2019 : Mantra réalisera une fresque au 2 rue Maréchal Foch (Saint-Martin-d’Hères), ainsi qu’à Grenoble.